Devenir thérapeute

Ici, vous pourrez trouver des images pour compléter celles que vous avez pu vous construire, celles que vous avez pu projeter au travers des lignes traversées dans les autres rubriques de ce site web et dans cette rubrique Cheminement.

Vous pourrez également trouver quelques zooms sur des expériences ou des moments clefs du parcours de Christine Guilloux dans la fabrication, le façonnage, le tissage, la composition, la palette… de son métier de psychothérapeute.

Expériences multiples dans les activités associatives, dans les activités de consultant, de formateur, de coach. Expériences de vie dans d’autres cultures de l’Orient et de l’Occident. Transversalités et entremêlements, savants dosages pour construire ce métier, ce métier d’écoute sur des terrains si divers, des visions du monde si riches, parfois obliques, parfois étranges, parfois insolites, parfois simplement familières….

Alors occasion, ici, de continuer le voyage en images…

parcours illustré

La Société Néerlandaise d’hypnose, NvvH, a célébré ses 75 ans d’existence le 28 avril 2007 à Utrecht.
A cette occasion, elle a sollicité Christine Guilloux pour une intervention sur son parcours de thérapeute et sur l’histoire de l’hypnose en France au XXème siècle.The landscape of hypnosis in France in the XXth century has been published in Contemporay Hypnosis, an English Hypnosis journal, in March 2008.

Vous pouvez vagabonder ici dans le parcours personnel de Christine Guilloux, ses invectives, ses directions, ses valeurs de vie et de formation, ses bases, ses expériences et ses rencontres, ses voyages intérieurs et extérieurs pour devenir psychothérapeute. Une “composition de Résonances et de Sillages” qui passe par quelques autres notables inspirations et créations.


rencontres et expériences de la première heure

Le projet était donc de s’engager sur les voies de la thérapie, de la psychothérapie en même temps que de l’écriture en mots et en images. Trois destinations que Christine Guilloux s’était données à l’âge de 14 ans. (cf page Cheminement)

Marquée par l’ouvrage de Vance Packard, La Persuasion Clandestine [1] et par les romans d’anticipation d’Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes et de Georges Orwell, 1984, mais par les ouvrages de Freud, les correspondances entre Freud et Fliess, entre Freud et Jung, et plus particulièrement les travaux d’Alfred Adler et de Georg Groddeck [2], en recherche et questionnement permanent sur le fonctionnement de la psyché, des relations corps-esprit et des relations humaines, également sur les liens entre la création artistique et les mécanismes de sublimation, elle china en lectures diverses avant de pouvoir s’investir dans un contexte plus concret, un contexte de la vie “réelle”. –À l’âge de 16 ans, à Exeter dans le Datmoor en Anglerre, elle avait passé des examens d’anglais, les Pitman Examinations, et y avait rédigé avec aisance la dissertation requise sur le sujet de la psychanalyse. Petits pas pour d’ultérieures enjambées vers d’autres approches. —

Sa première expérience de terrain, à la Pitié-Salpétrière, s’effectua au sein du Service Psychiatrie du Professeur Duché [3] à l’été 1975. Quelques trois mois d’été à observer et à écouter autant les patients que le Professeur, à questionner les pratiques d’alors : les électrochocs pour soigner la dépression, les séjours prolongés à l’hôpital pour “retaper” les patients… Ronald Laing sévissait alors comme “pape de l’antipsychiatrie” [4] : pourtant sa recherche se portait surtout sur la compréhension de la maladie mentale, réaction aux traitements oppressifs et invasifs des symptômes par des traitements médicamenteux et des électrochocs sans que la psychiatrie se soucie des causes. Sur les écrans cinématographiques, s’affichaient discrètement Family Life [5] et moins discrètement Orange Mécanique. Sur les étals des librairies, Un voyage à travers la folie de Mary Barnes [6]. « Le plus souvent, une personne cataloguée comme « malade mentale » est le bouc émissaire sur lequel se déchargent les troubles affectifs de sa famille ou de son entourage, alors qu’en réalité elle peut être le membre « le plus sain » du groupe. La schizophrénie était fort en question, la théorie, la démonstration du double bind, du double lien était faite. Cependant, Gregory Bateson, son projet avec Norbert Wiener, Claude Shannon, Heinz von Foerster pour n’en citer que quelques-uns, ses fréquentations assidues avec Edward T. Hall, Ray Birdwhistell, Erving Goffman, Milton H. Erickson… ses échanges avec son épouse, Margaret Mead, ainsi que le Mental Research Institute [7] n’étaient alors que peu connus, peu commentés par l’entourage et la communauté de Christine Guilloux. L’époque, post-soixante-huitarde, était de forte violence, de grande réactivité.

La première semaine de stage en ce service Psychiatrie de la Pitié-Salpêtrière, Christine Guilloux resta comme nuit et jour avec les patients… sans distance aucune. Première expérience et premiers apprentissages. Certes apprendre à observer et à être à l’écoute, sans chercher à interpréter ou à plaquer du sens sur les comportements des patients, être dans l’empathie, surtout apprendre à être dans la présence. D’abord. Étrangetés parfois, délires mais tristesses, léthargie et rétentions… Christine Guilloux ne comprenait pas la nécessité ou l’obligation de retenir les patients derrière des barreaux, d’avoir à demander des autorisations de sortie pour les accompagner dehors, dans les cours et les jardins. Petit à petit, elle appris à traverser les états dissociatifs… sans en connaître vraiment les limites et les potentialités. [8]

Son expérience la plus marquante, en cet été 1975, fut celle qu’elle fit avec une jeune anorexique, de 17-18 ans, que nous appelerons Anne. Chaque matin, Anne se levait, se lavait, faisait son lit avec beaucoup de soin et allait s’installer pour la journée entière sur l’une des chaises en enfilade, avec assise et dossier en fils plastiques blancs tendus, souples et résistants, dos au mur et à la fenêtre. Rituel quotidien et immuable. Christine s’assit, dans la même posture, le regard porté sur l’intérieur de la chambre, sur l’une de ces chaises, en filet mouvant, à côté d’Anne, plusieurs jours d’affilée, et commenta le lieu, le temps, le jour sur diverses tonalités, non dénuées d’humour… Anne se mit à parler doucement, progressivement… Christine Guilloux continua parfois la conversation hors les murs, sous les marronniers. Le ton était sur la pointe des pieds comme l’été. La relation était créée et Anne commença à vouloir se mouvoir… Hélas, le stage vint à sa fin… Bien plus tard, à la fin des années 1980, Christine comprit la relation, l’accordage, la synchronisation [9] comme l’écoute des silences. Cette première alliance thérapeutique fut également “lue” comme celle de Milton H. Erickson [10] dans l’un des hôpitaux psychiatriques où il fit ses premières armes et posa les bases de son approche utilisationnelle : Erickson rencontra un patient qui se faisait appeler Jésus et se disait charpentier, ce que les équipes médicales déploraient, s’usant à le convaincre du contraire; il l’informa que l’hôpital avait besoin de charpentiers pour sa nouvelle unité et le conduisit à y travailler. Comme charpentier. Ainsi, en contact avec d’autres gens, il a pu s’inscrire dans une réalité commune, dans la vie réelle.

Lors des études de Psychologie qu’elle mena à l’Université René Descartes, parallèlement à d’autres expériences de terrain, Christine Guilloux sut bénéficier de l’offre faite aux étudiants de pratiquer la “méthode de relaxation par auto-décontraction concentrative” du docteur Johannes Heinrich Schultz [11], le training autogène. Les locaux, quai Saint-Bernard, n’étaient guère accueillants, cependant les salles de sport et les autres salles permettaient la mise en pratique de la méthode sans que les travaux et les conceptions du neurologue et du psychiatre ne soient véritablement présentés. Ni psychanalyse ni hypnose ne furent évoqués lors de ces séances où la pratique était première et sans commentaires. Il s’agissait de sentir la lourdeur et la chaleur de son corps, de vagabonder en soi, de suivre plus ou moins les orientations données par l’animateur et de se laisser porter par ses images, ses mots et ses voyages intérieurs. Il s’agissait d’apprendre à se détendre, à se relaxer. Christine, parfois dubitative mais toujours curieuse d’aller plus en profondeur dans cette approche, flottait, traversait les temps sans cependant se laisser totalement aller – le contexte familial n’était guère support et soutien de ses explorations, quelles qu’elles soient. Cependant Christine avait ouvert une piste, un filon en quelque sorte où la curiosité à fleur de peau cherchait les chemins possibles pour de meilleurs starting-blocks. Lâcher prise délicat mais intérêt à approfondir la piste et participer à une formation avec Edmund Jacobson [12] à la Pitié-Salpétrière, non loin de la Chapelle. En cette même année de stage.

Les séances de Jacobson, de relaxation progressive, se basaient sur la contraction-décontraction progressive des muscles, sur la reconnaissance des tensions musculaires émanant de tensions émotionnelles et leur relâchement. La salle était fraîche en ce mois de été 1974 ou 1975 pour cette formation au long cours animée par Edmund Jacobson en personne, une formation à la méthode Jacobson, destinée aux soignants, plus particulièrement aux psychomotriciens. Chaque séance durait une heure et paraissait bien longue et fastidieuse. Se poser puis alterner contraction et décontraction du poignet, par exemple. Ces journées de formation ne laissaient pas place au rêve éveillé, à l’imagination. Relâcher les muscles, que le geste soit pensé ou réellement effectué, pour se détendre mentalement, et ce, sans suggestion, tel était donc le principe de cette méthode.

Les séances de training autogène, exercices d’auto-induction pour s’orienter sur des rives de calme et de tranquillité, pour accueillir les sensations et les pensées qui passent, étaient bienvenues quand bien même, l’explication et la compréhension des mécanismes mis en oeuvre, des soubassements de cette approche n’était pas au rendez-vous. Au rendez-vous, était un bénéfice énorme, le sommeil “à volonté”, “sur commande”. Christine prit l’habitude de faire des siestes, ici et là, pour se ressourcer, siestes d’une période égale ou inférieure à 20 minutes. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’elle apprit d’Ernest Rossi la justesse de l’approche, des cycles ultradiens et des 20 minutes de répit pour ces phases de “basse performance” et de récupération [13]. Entre temps, quelques autres intervenants redonnèrent à la sieste ses lettres de noblesse et militèrent pour des pauses, des sommeils flash. Michel Jouvet, neurobiologiste, à l’INSERM à Lyon, contribua également grandement aux recherches sur le sommeil, découvrit le sommeil paradoxal et… [14] mais ceci est une histoire ultérieure.

suite de la page en cours de construction

autres rencontres et expériences de la première heure

Dans ses années d’éudes de Psychologie, à l’Université René Descartes, Paris V, en parallèle aux petits jobs où l’écoute et la relation étaient primordiales, Christine Guilloux fut intriguée par les travaux d’Alain Descamps

thérapie comportementale

hypnose Didier Michaux
l’Idefop
Synapse Marcel Botton, Pierre Berloquin, Guy Crêté (galerie aussi?)
Théracie
Gilbert Clothaire Rapaille, Françoise David, Roger Nifle
Adam Nowominski

rencontres, tissages et métissages

mélanges
transversalités toujours

Esalen 1980

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[1] Vance Packard (1914-1996) s’intéresse fortement aux impacts et aux effets de la publicité sur les populations, et aux procédés psychologiques utilisés. Son livre The Hidden Persuaders est publié en 1957 et fort remarqué car il est l’un des premiers à s’intéresser aux techniques et procédés de manipulation mentale, ainsi les messages subliminaux . La persuasion clandestine sera traduite en français en 1958 et Marcel Bleustein-Blanchet, le fondateur tonique et enthousiaste de Publicis, en fit l’introduction.

[2] Georg Groddeck avait développé une conception moniste de la maladie : Il n’est de maladie que psychosomatique. La maladie est un réflexe de survie, un exploit, émanant d’un “réservoir pulsionnel”, d’un réservoir de sens, le “Ça” : toute maladie, partie visible de modifications organiques et de phénomènes psychiques, révèle une histoire. Les travaux de Groddeck, au-delà de Le livre du ça, publié en France en 1963, questionnaient La maladie, l’art et le symbole (Gallimard, Paris, 1969).

[3] Le Professeur Didier-Jacques Duché (1916-2010), pédiatre de formation, après une formation psychanalytique et une analyse avec Jacques Lacan, s’est remarqué par le développement de la psychothérapie, de la psychomotricité, de l’orthophonie au sein du Service Universitaire de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière de 1970 à 1985.

[4] La psychiatrie était à l’époque considérée comme coercitive, uniquement portée à réguler et canaliser les comportements jugés inappropriés des patients qu’elle était censée traiter. Les patients étaient relégués dans des asiles. La question posée par le courant de l’anti-psychiatrie était alors : Qu’en est-il du normal et du pathologique ? David Cooper signa Psychiatrie et antipsychiatrie ainsi que Le Langage de la Folie, publiés tous deux aux Éditions du Seuil en 1978. C’est toutefois Ronald Laing (1929-1989) qui fut qualifié par celui-ci de “pape de l’antipsychiatrie”. Laing ne s’opposait pas à la psychiatrie, qui soignait alors les symptômes, mais pensait la maladie mentale comme la conséquence d’une oppression de l’environnemment, du système environnemental.

[5] Family Life, film britannique, de Ken Loach, sorti en 1971. Une longue descente aux enfers, vers la schizophrénie. Film phare et illustration du courant de l’anti-psychiatrie de Laing et Cooper : soigner le symptôme plutôt que la cause ?

[6] Mary Barnes, Un voyage à travers la folie, Seuil, 1976. Mary Barnes entra à l’Hôpital de Kinsley Hall, dans le service de Ronald Laing. Joseph Berke, psychiatre du service l’accompagna tout au long de ses années de thérapie et ils rédigèrent ensemble son voyage à travers la folie.

[7] Gregory Bateson (1904-1980), anthropologue, après avoir participé activement aux travaux des Conférences Macy — des conférences regroupant des chercheurs en mathématiques, en psychologie, en neurologie, en physique, en anthropologie… dans le but de communiquer au-delà des frontières qui séparent les différentes sciences. Ces conférences aboutiront à la construction de la cybernétique –, est invité par le psychiatre Don Jackson à travailler au Mental Research Institute qui vient d’être créé à Palo Alto, Californie, en 1959. Bateson cherche un sens aux phénomènes qu’il observe. Il va découvrir une autre façon de regarder les phénomènes vivants – théorie des systèmes, nouvelle science de la communication – où le concept de feed-back négatif permet d’expliquer les phénomènes d’autorégulation, l’existence de niveaux d’abstraction, une vision interactionnelle… La maladie mentale est “un trouble de la communication au sein d’un système familial.” Gregory Bateson va continuer son travail et chercher à expliquer et à expliciter la notion de double contrainte, une notion qui était parvenue en France avec le courant de l’anti-psychiatrie. Cette notion sera développée et approfondie par celle qui se nommera l’École de Palo Alto.

[8] Vaste sujet que Christine Guilloux approfondira en traduisant Healing the Divided Self, Clinical and Ericksonian Hypnotherapy for Post-Traumatic and Dissociative Conditions de Maggie Phillips & Claire Frederick , ouvrage paru aux Éditions Satas, Bruxelles en 2001 sous le titre Psychothérapie des états dissociatifs, Guérir le mois divisé.

[9] Accordage relationnel, synchronisation entre partenaires: notions de base qui sont aujourd’hui de plus en plus étudiées et participent de l’alliance thérapeutique entre thérapeute et patient, cette relation réciproque, cet engagement mutuel, essentiel au travail thérapeutique.

[10] Le Marquis de Puységur avait porté son attention au malade plus qu’à la maladie, Mesmer mis en évidence l’importance de la relation interpersonnelle, Milton H.Erikson considérera que “la clé du malade, c’est le malade lui-même” et portera toute son attention à aller sur le terrain de l’autre.

[11] La méthode de training autogène de Johannes Heinrich Schultz , psychiatre, psychanalyste (1884-1970) s’est construite à partir d’observations et de recherches entre 1894 et 1903 à Berlin. Oskar Vogt et Korbinian Brodmann constatèrent que certains patients pratiquant l’hypnose étaient capables de se replonger en état d’hypnose et d’éprouver des sensations corporelles de chaleur et de lourdeur. Schultz décida donc de créer des exercices physiologiques graduels pour mettre le corps et l’esprit au repos.

[12] La relaxation progressive d’Edmund Jacobson (1888-1983) est une relaxation neuro-musculaire qui part de la physiologie du système neuro-musculaire et qui a pour but d’obtenir un calme intérieur, “un calme dans le domaine psychique” puis petit à petit d’atteindre un contrôle global. Pour se faire, il s’agit de mettre le cortex au repos en diminuant le fonctionnement neuro-musculaire excessif du cerveau. L’entraînement à ce type de relaxation peut durer plusieurs mois à plusieurs années.

[13] Ernest Lawrence Rossi & David Nimmons, 20 minutes de répit : prévenir les effets néfastes du stress, Les Éditions de l’Homme, Montréal, 1992

[14] L’histoire à venir viendra avec l’ouvrage de Michel Jouvet, Le sommeil et le rêve, publié aux Éditions Odile Jacob, en 1992, puis peu de temps après, en avec la formation de Francine Shapiro à l’Eye Movement Desensitization and Reprocessing, (EMDR) en 1995 à Aix-en-Provence et en 1996 à Amsterdam.

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