Artémis Armen

Sommaire
préalables
décider d’une association : l’AAA
foisonnements et effervescences
envols terribles et futuribles

Pas et engagements dans le monde associatif où il est parfois besoin de beaucoup d’énergie et de temps pour faire avancer les schlimblicks. Pas et engagements parfois porteurs d’ouvertures et d’opportunités, parfois coupeurs de souffle… Toujours avec le souci d’une réflexion sur les avancées du monde, d’une transversalité entre les disciplines…

Ici, n’en seront retenus que les principaux, les plus marquants dans ce parcours précédant la création en 1981 et l’animation de l’Association Artémis Armen qui permit à Christine Guilloux de promouvoir ses valeurs de curiosité, d’ouverture, de transversalité, d’apprentissage, de recherche et de tissage de liens.

préalables

Dans ses premières années d’activité, ses premières années de mise en branle en parallèle d’études de psychologie et d’activités professionnelles tout d’abord comme travailleur indépendant et sous le nom de Résonances, Christine Guilloux s’activa conjointement et copieusement dans de nombreuses activités associatives. De mémoire, il y eut des associations comme l’association Co-Evolution, issue d’une scission avec une autre association aux bust similaires, qui publia en son temps, un journal intitulé Phœbus. Co-Evolution tournicota autour de thèmes comme l’écologie – qui n’avait peut être pas encore ce nom-là -, les nouvelles technologies comme l’informatique – commençant alors à se rapprocher de la petite entreprise et du grand public -, la télématique et les réseaux, la cybernétique avant l’analyse systémique… Toute une effervescence dans la décennie 1970-1980.

Est-ce à cette occasion-là, ou partant de cette association-là, que Christine Guilloux eut l’occasion d’une Conférence sur la Culture Technique à Annonay ? Là partit une belle aventure tant dans la présence à ce fourmillement d’idées, à cette confrontation de professionnels de différents domaines, à cette réunion bon enfant et chaleureuse d’ingénieurs et ingénieux que dans la mise en musique et en lanterne magique de ces idées rassemblées, dans la rédaction du compte-rendu de la Commission Pédagogique puis dans celle du compte-rendu du Colloque lui-même avec Antoine Bastin, un jeune professionnel, investi dans le domaine des études et recherches au sein d’EDF, proche collaborateur de Claude Bienvenu. Jean Detton, Annie Bloch partageaient avec les autres participants, venus des quatre coins de France, ces journées de debut octobre 1979 avec un enthousiame plus que certain. Le propos d’alors se souciait de questionner et de conserver les archives d’entreprise, de conserver l’histoire et la généalogie des techniques au sein des entreprises, de conserver et de faire savoir les chemins parcours, les racines comme les ailes… L’informatique était remise en cause et sa pédagogie voulait dépasser les arcanes des producteurs de ces machines de plus en plus proches et de plus en plus présentes dans le quotidien d’alors. Revaloriser la technique, la culture de la technique et de la belle ouvrage, revenir à la leçon de choses, l’accessible comme base de la transmission, retrouver le sens de la poésie dans ces inventions multiples. Ebauches pour une réconciliation entre l’homme et ses inventions. C’était l’époque d’un “apprendre autrement”. [1]

Par ailleurs, dans cet entremêlement d’échanges, de domaines, de personnes, à la fois dans ses activités associatives et dans ses formations, et en particulier avec Théracie, et les formations aux méthodes de créativité, à l’animation de groupe, à la psychosociologie, Christine Guilloux s’activa à la création d’associations. Notamment l’ ADAH, Association pour le Développement des Apprentissages Humains, avec Philippe Dupont, Pierre Larrisquat, puis AGIR avec Charles Sztokman, Bernard Navelet-Noualhier, Danielle et Jean-Marie Ziegler. – Entre deux, il y eut les ateliers de développement personnel du Groupe TROIS avec Ghislaine Descamps, puis ceux de lecture active avec Evelyne Rey, à Lausanne. Tentatives tentations qui furent surtout dyades de réflexion et d’auto-développement… Prémisses à d’autres terrains, à d’autres ensemencements, à d’autres tissages. –

L’ADAH regroupa des informaticiens d’entreprise, des formateurs, des ingénieurs-conseil, des concepteurs et des réalisateurs autour d’un dénominateur commun : les techniques et les méthodes d’apprentissage privilégiant savoir être et savoir faire. Les méthodes de créativité étaient mises en avant et les acteurs surent en faire usage autrement qu’imaginé au départ.

En l’ADAH, au-delà des projets d’actions de développement personnel et d’animation de groupes, naquit l’idée de fabriquer un ordinateur de toutes pièces. Mais il y eut des détours quant au projet: les plaques de circuit imprimé avaient belle allure, avaient si belle allure qu’elles incitèrent Pierre Larrisquat et Christine Guilloux à en faire des bijoux! Bijoux d’or ou d’argent à porter en pendentif ou en broche qui furent exposés au Salon du Prêt à Porter, porte de Versailles, en avril 1979, comme “un présent venu du futur”! “L’ordinateur, prêt à porter ! Emparez-vous en pour vous en parez !” Clin d’œil avant-gardiste, futuriste, projectif dans le monde des innovations.

Ce présent de 1979, notre présent…

Entre temps, entre eux, conjointement, le GIF, Groupement Interprofessionnel de Formateurs, créé par des formateurs et des responsables de formation en herbe, fit appel à Christine Guilloux pour animer une journée de méthodes de créativité. Christine Guilloux fut sollicitée pour y participer activement mais “sans voix” parce que n’ayant pas suivi la formation du CESI [2] , condition sine qua non pour y être membre actif. Néanmoins elle s’y investit dans l’animation de groupes de travail et certains de ses contacts se traduirent en amitiés plus rapprochées qui invitèrent à créer une autre association, l’AGIR.

L’AGIR, Formation, Recherche et Développement se transformera très vite en AXIS Formation et s’orienta davantage dans des réflexions sur les collectivités territoriales tout en cherchant à agir dans le conseil et la formation aux entreprises sur des thèmes comme la communication et l’organisation. Charles Sztokman et Christine Guilloux y écrivirent un plaidoyer Pour une formation à la gestion communale.

Réunions, rencontres qui ne faisaient que peu avancer les choses… Les synergies étaient plus ou moins développées et alors que Christine déménageait ses locaux professionnels dans un local de taille respectable, à la Bastille, rue de la Roquette, dans un Paris 11ème non encore coiffé d’un opéra, et le 1er mai 1981, quelques jours avant l’élection de François Mitterand, elle pouvait envisager de créer une association “qui marche”.

décider d’une association : l’AAA



Alors, banco ! De la place dans cet ancien atelier d’imprimerie, sur cour, disposant d’une belle salle de réunion, d’un bureau de 50m2 sous verrière et d’autres espaces à vivre possibles qu’ils soient avec ou sans fenêtres. Les fenêtres étaient d’abord mentales et les murs des écrans où projeter ce que l’on souhaite, couleurs, paysages, ramages, mirages…D’ailleurs, dans ce lieu quelque peu fascinant, Christine Guilloux décida d’ouvrir les activités et de créer l’association Artémis Armen sur le monde naissant de l’informatique et de ses applications!20 octobre 1981: “Art et informatique”. Musiques sur clavier, images construites, “assistées par ordinateur” et panneaux explicatifs pour provoquer la réflexion, stimuler d’autres créativités, faciliter les rencontres entre humains, entre disciplines, entre techniques. Le Groupe de recherche de Paris VIII est présent. La revue Autrement informe de la manifestation comme Télésoft, Temps Réel, Micro-Systèmes, Le Monde Informatique, Pandore de Bruno Latour

Quelques 150 visiteurs pour cette ouverture, quelques articles de presse, un sangria transformée en “confiture de fruits de sangria” et en “sirop de sangria”- inventé par analogie à la façon de faire du lait concentré sucré! . Effervescences en tous genres.

Art et informatique,
la première expo, 20.10.1981

Art et informatique,
la premiére expo, 20.10.1981

Art et Informatique,
la première expo, 20.10.1981

Art et informatique,
la première expo, 20.10.1981

Alors, banco pour une association menée de main de maître ? ou de main de fer ? Non, ce n’était en aucun cas le projet ni la réalisation. L’Association Artémis Armen se devait être propulsatrice et initiatrice, dynamique et tonique, tissant des liens de toutes sortes.

Notons au passage que le nom d’Artémis Armen avait été créé en filiation avec Phoebus de l’Association CoEvolution mais également avec les origines bretonnes – armen signifie phare en breton – et les affinités et la fascination de Christine pour l’Arménie – aux confins de l’Orient et de l’Occident. Berceau des peuples. Entraille, viscère, or. Résistance, permanence, immanence. Errance, quête, recherche. – Acte de naissance déposé le 7 octobre 1981.

foisonnements et effervescences

L’Association se voulait donc de transmettre et de prolonger l’œuvre de ce personnage imaginaire, et imaginé, d’Artémis Armen… Lumières, clins d’œils et ouvertures sur le monde.

Des objectifs très ambitieux pour Artémis Armen, cette si vieille dame, pour cette si jeune association: favoriser les échanges entre les hommes et les femmes de tous domaines; susciter des projets collectifs ou individuels s’appuyant sur les thèmes abordés comme l’informatique, la culture technique, les jeux, la prospective et la futurologie…; développer une réflexion sur les pratiques professionnelles et les apprentissages, et mettre en place des formations en correspondance.

L’AAA affiche son originalité. Langages divergents, langages convergents, allers et retours analogiques d’un domaine à un autre, dimensions et approches multiples d’une même préoccupation, d’un même sujet: l’AAA se veut constituer le lieu d’opportunités de développement et le tissu d’un réseau d’hommes et d’expériences.

Les premiers axes des soirées ateliers – une par mois – pour les trois premières années de présidence de Christine Guilloux avant de passer la main à Patrick Rana-Perrier seront donc introduits par une exposition-animation. Et pour n’en citer que quelques-uns :

Art et Informatique avec ses premières Ebauches et Esquisses avec Michel Bret, peintre du mouvement et cinéaste plasticien, et à ses premiers morceaux avec le système N.E.D. et Gilbert Dalmasso, et le concours de Daniel Lepage, CNRS, Université Paris VII, le 20 octobre 1981, suivi d’ateliers comme :

– Fonctions Humaines, Fonctions Informatiques avec Marcel André, CII Honeywell Bull, le 18 novembre 1981,
– Racines, Œdipe et Télémaque , avec Philippe Dupont, le 16 décembre 1981, …
– Informatique et Enseignement, avec Guy Bridet, Musée de la Villette, le 27 janvier 1982,
– L’Enseignement Assisté par ordinateur, avec Jean Favry, IFCAM, le 25 février 1982…

Univers parallèles avec Pierre Berloquin et Christine Guilloux pour

– Les parcs d’attraction, avec Pierre Berloquin, le
– Les sectes, avec Thierry Baffoy et Sherril Mulhern, LESP 7, Université Paris VII, le 19 avril 1982
– La poésie visionnaire et le Chamanisme, avec Mario Mercier, le 27 mai 1982,…,
– Thélème, ou la Télématique sans Atique, avec Annie Bloch, le 8 novembre 1983,…
– L’Ordinain Ecrivateur ou Littérature Assistée par ordinateur, avec Jean-Louis Caillaudeau et Michel Delarche, le 16 avril 1984…

Une journée de samedi chaque mois consacrée à une formation à la Sémantique Générale, avec Hubert Landier et Serge Rébeillard,…, à la Créativité et le Développement Personnel, à l’Ethnologie avec Robert Jaulin, à l’Innovation Sociale avec David Gutmann, à la Théorie des Cohérences avec Roger Nifle, à la Bureautique avec Jacques Perriault

Trois expositions par an comme Audiovisuel et Informatique avecJean-François Colonna, Déclinaisons graphiques avec Alicja Kuhn, Jacques Mawart et Christine Guilloux, Quand on en vient aux mains avec Anne Lepallec, Marie-Jeanne Oustry, Patrick Rana Perrier, Voyages dans le temps avec Germaine Bragrance, Les Robots sont parmi nous, …

Des groupes de réflexion, plus informels, autour de la Bureautique, de la Créativité, bien sûr, d’un Programmathèque Apple II, des Mécanismes de la Production Artistique, du Changement des Hommes et des Organisations, de l’Enseignement Assisté par Ordinateur, des Jeux,….

Rencontres et ateliers informels conjointement… Somme toute un espace d’effervescence de la pensée et des rencontres de ses membres, de ceux qui cherchent ensemble et que l’un d’entre eux, D.Henri Caufman qualifiera de “Compagnons de la Pierre de Lune”.

1982. Temps clefs de rencontres avec Thierry Gaudin [3] , qui va s’investir dans le Centre de Prospective et d’Evaluation, le CPE, écrire L’Ecoute des silences, Le Pouvoir du Rêve … Avec Jean-François Boissel qui va œuvrer au sein du Centre d’Études des Systèmes et Technologies Avancées, le Cesta [4] , et viser à mobiliser les scientifiques sur l’intelligence artificielle, les explosions des nouvelles technologies et des télécommunications, impulser le programme Eureka…

1982 encore. Avec Christophe Midler, du Centre de Recherche en Épistémologie, le CRÉA, en liaison avec l’Ecole Polytechnique et la DER d’EDF, bâtissant des scénarios prospectifs, dont celui d’une France sans pétrole.Chroniques muxiennes [5] paraît en mai.

envols terribles et futuribles

Futuribles et terribles, les uns et les autres avaient le vent en poupe et de l’énergie à revendre. Ça grouille de partout, et en pleins et déliés, Christine Guilloux anime l’AAA et s’anime à la découverte de tous ces groupements, tous ces réseaux, tous ces damiers sur lesquels il est possible de jouer, doucement et calmement, en parallèle. Partager et faire partager… Provoquer et inciter à une imagination fertile, une réflexion active…

Futurs terribles? Terribles enthousiastes qui finirent par remplir la salle d’une moyenne de vingt participants, et même les jours d’exposition, par remplir la salle de la pizzeria Juventus de la place de la Bastille de quelques quarante personnes….

L’AAA était devenu une affaire qui marche – certes pas commercialement mais chaleureusement, relationnellement – et une association où “ça grouille d’idées, ça phosphore”!

Trois ans déjà et il était temps de passer la main, le relai. De passer de l’autre côté du miroir, s’exposer donc davantage pour Christine Guilloux. Du rôle d’organisateur, de tisseur de liens, de chef d’orchestre, d’animateur à celui de témoin, d’acteur-compositeur, d’imagière, de jongleuse de mots…
Présenter son expérience et sa vision du Japon, exposer des images comme celles de Synoptiques, de Quand on en vient aux Mains, de Fleurs du Japon, d’A Corps et à Cri, d’Ombres/Masques Portés, de Passages…. [Images]

Patrick Rana-Perrier, photographe et ingénieur, prit alors la présidence et donna d’autres dimensions à l’AAA tout en continuant à réunir quelques “agents actualisateurs de l’avenir”. Ceci est une autre belle histoire et serait également à narrer. L’AAA vécut quelques belles dix années et mérite bien le détour….


[1] Ce Colloque impulsera la création d’une revue, Culture technique, et le numéro 2 d’avril 1980 relatera cette IIème Conférence pour le Développement de la Culture Technique. Jocelyn de Noblet fut l’initiateur et ces conférences et de cette revue. Annie Bloch et Olivier Clouzot écrivirent alors Apprendre autrement, publié aux Editions d’Organisation.

[2] Le CESI, Centre d’Etudes Supérieures Industrielles, s’est bâti sur la base de formations d’ingénieurs, a développé toutes sortes de formations professionnelles et qualifiantes de longue durée, a essaimé aux quatre coins de France. Christine y interviendra tant en formation qu’en consultant. Les méthodes de créativité seront sa porte et sa fenêtre d’entrée. Elle œuvrera d’abord auprès de créateurs d’entreprise, partagera ultérieurement ses recherches dans l’accompagnement des personnes à partir d’un “état des lieux” comme Acumen avec son comité de direction – bien avant l’arrivée des bilans de compétence dans les années 1990. Là encore, une belle expérience de réflexion, de créativité, de partage dans un lieu propice, en Normandie, le Moulin d’Andé.

[3] L’Ecoute des Silences, les institutions contre l’innovation, coll 10/18, est paru en 1978.

[4] Pour en savoir plus sur la continuité de cette histoire et dans le souci – obsessif ? – de transmission et d’invitation à la curiosité de cette “pensée en action”, se référer aux travaux de Jacques Robin L’urgence de la Métamorphose, Du Groupe des Dix au CESTA, au GRIT et à Transversales Science Culture.

[5] Vincent Degos, Jacques Girin et Christophe Midler
Chroniques Muxiennes, L’Utopie au service des Utilisateurs de Bureautique, Congrès Bureautique AFCET-SICOB, Paris, 11-14 Mai 1982. La télématique au quotidien